Le vodou

LES INDIENS

Caraïbes, Tainos, Arawaks : un génocide.

En 1492, le 5 Décembre ,Christophe Colomb aborde sur les côtes de Bohio, qu’il baptise aussitôt Hispaniola.

Les Indiens qui occupaient l’île de manière très pacifique furent décimés. En 1530, leur nombre estimé au départ à 2 millions n’était plus que de  4 000.                                    

Pétroglyphe Indien . photo Didier Dominque et Rachel Beauvoir-Dominique.

L’AFRIQUE et ses multiples ethnies ,

un immense réservoir de main- d’oeuvre.

Dès 1501, les Africains arrivent pour renforcer la main d’oeuvre que les Indiens ne sont plus aptes à fournir.

C’est le début de la traite négrière qui va s’intensifier massivement jusqu’en 1791.

LA FRANCE,

un système colonial

En 1697, le traité de Riswyck va séparer l’île en deux parties, légitimant ainsi la présence des français. La partie française de l’île s’appellera Saint-Domingue. Soumise à une exploitation intensive par les colons, elle sera surnommée ”la perle des Antilles”. Les africains sont soumis à un régime de plus en plus cruel et la traite s’intensifie. Toute l’Afrique  va fournir de la main d’oeuvre. Toutes les ethnies africaines sont présentes sur cette partie de l’île au moment de la cérémonie du Bwa Kayman.

LA GUERRE D’INDEPENDANCE

14 août 1791- 1er Janvier 1804

En 1791, le 14 août, les esclaves fugitifs se réunissent au Bwa Kaïman pour une grande cérémonie vodou sous la direction de Bookman. C’est de là que partit une guerre de treize longues années, qui devait aboutir en 1804 à l’indépendance et à la libération des esclaves.

Les vodouisants considèrent la cérémonie du Bwa Kayiman comme

l’acte fondateur de la nation haïtienne.

Le 1er Janvier 1804, la République est proclamée et Saint-Domingue devient Haïti. Hispaniola pour sa part devra attendre sa décolonisation pour devenir Saint-Domingue.

UNE NATION SOUS CONTROLE DES LWAS

drapeau de la République d’Haïti  et symbole d’Ayzan Vélékété …

Le palmiste.

Le drapeau de la jeune République montre un palmiste. Pour les vodouisants, ceci signifie que le pays est placé sous la protection d’Ayzan Velekètè, un lwa dont le nom signifie : la terre sacrée.

Le vodou haïtien dans la forme que nous lui connaissons actuellement s’est élaboré entre la cérémonie du Bwa Kaiman qui réunissait toutes les nations africaines sous l’aile protectrice d’un Dieu Unique, qui transcendait toutes les divinités et toute les ethnies.

LE VODOU HAITIEN

Une histoire de la rencontre

Le vodou haïtien , c’est donc une histoire de  rencontre des hommes mais aussi des dieux.

Il sera héritier de l’Afrique majoritairement, mais aussi des Indiens, des Chrétiens, des Franc-maçons, de la Flibuste.

Société amba la kay, Léogane

autel pour Erzulie Dantor

Ces héritages nombreux donnent au vodou haïtien une allure de mosaïque, de métissage. On a parlé de syncrétisme, mais le terme est peu approprié pour un ensemble cohérent, structuré et opérationnel qui est devenu religion à part entière.

Le Vodou Haïtien est avant tout une religion

C’est aussi une philosophie ainsi qu’une éthique rigoureuse.

Un modèle social

Un art de vivre

Une voie initiatique

LE VODOU UNE RELIGION ?

Si on admet qu’une religion puisse se passer de dogmes, de chef qui censure ou encense, le vodou au même titre que le bouddhisme, est une religion.

Le vodou a des chefs de culte, les hougans ou les mambos, il a ses serviteurs, les hounsis, il a son public de sympathisants .

Il a des cérémonies, une liturgie qui lui est propre et qu’on appelle les règlements.

Il a ses lieux de culte qu’on appelle des hounfors ou des péristyles. Mais les cérémonies peuvent avoir lieu en pleine nature.

Le Vodou est une religion de liberté, voire de libération.

L’enseignement du vodou n’a rien de dogmatique. En effet, dans cette religion, le but est de mettre les adeptes en liaison directe avec les forces divines qui nous entourent.

Donc, chacun va pouvoir trouver à l’intérieur du cadre rituel ses propres réponses, y compris sa manière de servir.

Une éthique rigoureuse

Un des préceptes  est : Dieu seul maître.

C’est à dire qu’on n’a à obéir à personne d’autre qu’à lui.

D’ailleurs il est connu que Hougan ou Mambo est maître chez lui.

Le Vodou, comme la plus part des religions, prône le respect

Le respect des autres est une des vertus majeures du vodou, à tel point que l’attitude du vodouisant n’est aucunement missionnaire. Toutes les opinions sont respectées et respectables, sous réserve qu’elles n’ agressent personne.

Respect de soi également. Très souvent vous lirez à l’entrée des temples que si vous vous respectez vous-même, les esprits qui sont là vous respecteront.

         “Rentrez avec le respect de vous même si vous voulez sortir avec honneur de vous même, si vous le voulez”. Société Gran Dra à Gressier.

Ces vertus morales sont requises pour entendre pleinement la philosophie du vodou dont , à mon avis les maîtres mots sont:

Service , échange, harmonie, complémentarité.

Le service est une nécessité, un échange entre les esprits et les hommes.

Il se traduit par un service individuel, un service collectif.

Le serviteur sert le lwa qui lui, à son tour va servir la collectivité. L’échange  prend souvent  l’allure matérielle de nourriture, mais en réalité il a lieu bien au delà dans des dimensions à la fois plus profondes et plus subtiles.

Le vodou haïtien est une mise en ordre d’un panthéon en majorité Africain aux racines multiples.

De la même manière il mettra en ordre l’espace  au moins celui des cérémonies et réglera le temps de manière rituelle par un calendrier vodou .

L’harmonie d’une cérémonie se règle dès le départ, par

                    la sacralisation de l’espace

                    le tracé du vèvè

                    les couleurs des vêtements

                    le respect des règlements

                    

    Tracé de vèvè

De  divinités originaires de Nations dont quelques unes étaient ennemies, les haïtiens ont su faire un ensemble harmonieux dans lequel chaque lwa a des attributions bien précises. Chaque lwa a besoin des autres pour montrer l’intégralité de la puissance et de la diversité du Dieu unique.

De même chaque rite a sa spécificité et son rôle. Mais  aucun ne saurait représenter le vodou à lui tout seul.

Le Vodou est une voie dans laquelle l’individualité s’efface toujours devant le collectif.

Le vodou est toujours une oeuvre collective. Les cérémonies, les travaux, les initiations, tout dans le vodou nécessite une collaboration de tous (hougan ou mambo, chanteurs, danseurs, tambours…)

La Finalité

La finalité du chemin du vodouisant est de se mettre lui-même en accord avec sa dimension invisible et ensuite de s’accorder au reste de la création.

C’est ce que nous appelons “la vi myion” : la vie meilleure.

Un modèle social, un art de vivre

L’enseignement plus précis du vodou va porter sur

La nature humaine

La mort

La place et le rôle de l’homme dans la création

La médecine par les plantes

Les travaux vodou qu’on sera amené à réaliser pour aider les uns ou les autres.

La mort n’est jamais qu’un passage que Baron Samedi nous fera faire lorsque l’heure aura sonnée.

Pour nous, la mort n’est qu’une étape. le voyage de l’âme sera  long puisqu’il nous mènera de l’eau jusque à la lumière.

mais ceci ne sera effectif qu’au dernier de nos voyages, puisque le vodou admet la réincarnation.

L’homme dans la création n’est en aucun cas le maître du monde. Il doit user avec modération des autres choses. Que ce soit plantes, terre, roches, tout peut être utilisé, mais en fonction des besoins uniquement. Et là aussi, la notion d’échange intervient. On paye ce qu’on prend, toujours.

Le rôle de l’initié est de bien connaître les subtilités de l’architecture divine, donc des 401 loa et d’essayer de faire que lui même  et son entourage correspondent le plus possible à ce monde invisible qui est la matrice  et le modèle d’une humanité en ordre  dans une planète en harmonie.

Un rapport à la nature

Pour nous, l’esprit de Dieu est partout, dans les roches, les sources, les arbres, la mer, la terre…